Introduction

L’Audi Quattro S1 occupe une place à part dans l’histoire du sport automobile. Ultime évolution de la lignée Quattro engagée en rallye, elle reste à ce jour la voiture de rallye la plus puissante jamais construite. Son moteur cinq cylindres turbo développait officiellement 470 ch. Cependant, la puissance réellement transmise dépassait largement les 500 ch.
Elle a été pilotée par des légendes comme Walter Röhrl, Hannu Mikkola, Michèle Mouton ou Stig Blomqvist. Ainsi, l’Audi Quattro S1 a marqué le Groupe B de son bruit caractéristique et de ses appendices aérodynamiques démesurés. Revenons donc ensemble sur l’histoire complète de cette voiture mythique, sa fiche technique et sa valeur actuelle sur le marché de la collection.
Audi Quattro S1 : les origines du Groupe B chez Audi
Tout commence en 1980. L’Audi Quattro originale, aujourd’hui surnommée « Ur-Quattro », est alors présentée au Salon de Genève. C’est la première voiture de rallye à utiliser efficacement la transmission intégrale permanente. Cette innovation est portée par l’ingénieur Ferdinand Piëch, alors passé de Porsche à Audi.
Engagée en Groupe 4, la Quattro remporte le titre constructeurs dès 1982. Elle décroche ensuite le titre pilotes en 1983 avec Hannu Mikkola. Mais la concurrence évolue vite. Avec l’arrivée du Groupe B et de machines à moteur central comme la Peugeot 205 Turbo 16, la Quattro de série montre ses limites. Audi décide alors de construire un successeur plus court, plus léger et plus puissant : la Sport quattro.
De la Sport quattro à l’Audi Quattro S1 : une évolution radicale
La Sport quattro est présentée au Salon de Francfort 1983. Elle est raccourcie de 320 mm par rapport à la Quattro originale. Elle combine l’avant de l’Audi 80 deux portes et l’arrière de la Quattro, avec des panneaux de carrosserie en kevlar et en aramide pour réduire le poids. Deux cents exemplaires de série sont produits, comme l’exige l’homologation du Groupe B.
C’est cette base qui donne naissance à l’Audi Quattro S1. Ses débuts officiels ont lieu au 1000 Lakes Rally en août 1985. Les évolutions sont spectaculaires : ailerons massifs, extensions d’ailes agressives, et un moteur repositionné en retrait pour rééquilibrer les masses. Cette version deviendra ensuite la Sport quattro E2, avec le radiateur de refroidissement déplacé dans le coffre. Ce changement libère de la place à l’avant et permet une meilleure répartition du poids, proche de 52/48.
Fiche technique de l’Audi Quattro S1
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Moteur | 5 cylindres en ligne, 20 soupapes, turbo KKK |
| Cylindrée | 2 133 à 2 144 cm³ |
| Puissance officielle | 331 kW (450 ch) |
| Puissance réelle estimée | plus de 500 ch |
| Poids | environ 1 000 kg |
| 0 à 100 km/h | 3,5 s (version rallye), 2,6 s pour l’E2 avec boîte à double embrayage |
| Boîte de vitesses | manuelle, ou double embrayage expérimentale (précurseur du DSG/PDK) |
Un détail technique mérite d’être souligné. Sur certains rallyes comme celui de Grande-Bretagne en 1985, l’Audi Quattro S1 a été équipée d’une boîte de vitesses robotisée à double embrayage. Cette technologie expérimentale a été développée avec Porsche. Elle est d’ailleurs considérée comme l’une des toutes premières itérations de ce que l’on appelle aujourd’hui le DSG ou le PDK.

Les pilotes qui ont fait la légende de la Quattro S1
L’Audi Quattro S1 a été confiée à une équipe de pilotes exceptionnelle : Hannu Mikkola, Walter Röhrl, Michèle Mouton, Bobby Unser et Stig Blomqvist. Walter Röhrl reste sans doute le plus emblématique d’entre eux. Fidèle à Audi de 1984 à 1987, il signe la dernière victoire du modèle en championnat du monde, au Rallye de San Remo 1985.
Selon Hannu Mikkola lui-même, conduire l’Audi Quattro S1 relevait presque de l’expérience extrême. En effet, l’accélération était si brutale qu’elle donnait l’impression d’être percuté par un camion à pleine vitesse. Cette puissance inouïe explique donc pourquoi la voiture a marqué à ce point les esprits, bien au-delà du seul monde du rallye.
Palmarès et résultats en rallye
Malgré sa réputation, l’Audi Quattro S1 n’a signé qu’une seule victoire en championnat du monde des rallyes. C’était au Rallye Sanremo 1985, avec Walter Röhrl au volant. Engagée trop tard dans la saison face à une Peugeot 205 T16 déjà dominante, la S1 n’a donc jamais pu décrocher le titre mondial.
Sa version évoluée, la Sport quattro E2, fait ses débuts en juillet 1985 au Rallye Olympus aux États-Unis. Hannu Mikkola s’y impose d’ailleurs au classement général. Sa puissance grimpe ensuite à 475 ch en configuration de base, pour atteindre plus de 550 ch en fin de carrière compétition. Elle devient ainsi la voiture de championnat du monde des rallyes la plus puissante jamais engagée.
Pikes Peak : la consécration de l’Audi Quattro S1
C’est sans doute à Pikes Peak que l’Audi Quattro S1 a le mieux démontré son potentiel. En 1985, Michèle Mouton établit un nouveau record de la montée. Elle devient ainsi la première femme et le premier non-Américain à s’imposer au classement général de l’épreuve. Bobby Unser améliore ce record en 1986. Enfin, Walter Röhrl l’efface définitivement en 1987, avec une version poussée à 598 ch : la Sport quattro E2 Pikes Peak.
Röhrl devient alors le premier pilote à boucler la montée en moins de 11 minutes, avec un chrono de 10 min 47,85 s. Ce record est encore aujourd’hui considéré comme une référence absolue pour un véhicule à moteur avant.
La fin du Groupe B et le retrait d’Audi
L’aventure du Groupe B s’achève brutalement en 1986. Après un grave accident du Rallye du Portugal, qui coûte la vie à plusieurs spectateurs, Audi se retire de la compétition en rallye. La FIA interdit ensuite définitivement les voitures du Groupe B fin 1986. Certaines Quattro S1 et E2 continueront toutefois à briller quelques années en rallycross, avec des versions poussées jusqu’à 700 ch pour les courtes distances de sprint.
Malgré cette fin abrupte, l’héritage technique de l’Audi Quattro S1 reste considérable. Les enseignements tirés de sa conception seront en effet réutilisés avec succès par Audi en compétition sur circuit, notamment en Trans-Am, DTM, BTCC, puis en endurance.
Combien vaut une Audi Quattro S1 aujourd’hui ?
Les Audi Quattro S1 sont aujourd’hui extrêmement rares. Certaines ont été détruites en course, et Audi Tradition conserve plusieurs exemplaires dans son propre musée. Trouver un exemplaire entre des mains privées relève donc de l’exception.
Un exemple marquant illustre bien cette rareté. Un châssis de 1988, vendu neuf directement par Audi AG à Olivier Quesnel puis exposé pendant plus de trente ans au Manoir de l’Automobile de Lohéac, a été adjugé 2 016 600 € lors d’une vente aux enchères Artcurial. Ce montant dépasse ainsi largement son estimation initiale de 1 à 1,3 million d’euros. Par ailleurs, un autre exemplaire de 1984 avait déjà dépassé les 400 000 dollars lors d’une vente RM Sotheby’s en Arizona en 2015.
Ces chiffres confirment donc le statut de pièce de collection absolue qu’a acquis l’Audi Quattro S1, aux côtés des autres icônes du Groupe B.
Conclusion : un héritage toujours vivant
L’Audi Quattro S1 n’a jamais remporté le titre mondial des rallyes qu’elle méritait sur le papier. Pourtant, sa légende dépasse largement son palmarès sportif. Pour comprendre comment la technologie Quattro a ensuite irrigué toute la gamme de série, notre article sur le fonctionnement du système Quattro d’Audi permet de faire le lien entre cette compétition extrême et les voitures que l’on retrouve aujourd’hui sur la route.
Si vous souhaitez également revivre l’épopée complète du programme Groupe B chez Audi, nous vous invitons donc à consulter notre récit détaillé sur l’histoire légendaire du Groupe B Audi Quattro, qui complète parfaitement cet article. Pour les données techniques et le palmarès complet en compétition, la page Wikipédia dédiée à l’Audi Quattro en compétition reste par ailleurs une référence incontournable.
En résumé, l’Audi Quattro S1 demeure aujourd’hui encore l’un des symboles les plus forts de l’âge d’or du rallye. Voiture la plus puissante jamais engagée en championnat du monde, elle continue ainsi de fasciner les collectionneurs comme les passionnés, près de quarante ans après ses derniers exploits sur les spéciales.


